Au moins 116 activistes tués en 2014 pour avoir défendu l’environnement

Sources: France24

© Evaristo Sa, AFP | Des Indiens munduruku du Brésil manifestent, le 6 juin 2013 à Brasilia, contre la construction du barrage de Belo Monte.

Au moins 116 personnes ont été tuées en 2014 dans le monde pour avoir défendu la préservation de leur environnement et la conservation de leur territoire, selon un rapport de l’organisation britannique Global Witness.

Colombie, 7 octobre 2014 : Daniel Humberto, un militant de 19 ans dénonçant les dégâts environnementaux causés par l’exploitation des mines d’or par la multinationale AngloGold Ashanti, est retrouvé mort dans sa province natale de Cajamarca. Mexique, 11 octobre 2014 : l’activiste et animateur radio Atilano Román Tirado est assassiné alors qu’il présente en direct son émission hebdomadaire. Il était leader d’un mouvement regroupant 800 familles d’agriculteurs, dont les terres avaient été inondées durant la construction du barrage de Picachos, en 2007. Brésil, novembre 2014 : Marinalva Manoel, porte-parole des Indiens guarani du Brésil, est retrouvée sur le bord d’une route, violée et poignardée à mort. Elle se battait contre la spoliation des terres guarani par des éleveurs de bétail.

La liste s’allonge ainsi de plus d’une centaine de noms. Au moins 116 activistes ont en effet été assassinés en 2014 pour avoir défendu la préservation de leur environnement et de leurs terres, révèle l’organisme britannique Global Witness, qui milite contre le pillage des ressources naturelles en lien avec les situations de conflit et la corruption des États. Dans son dernier rapport, diffusé le 20 avril et intitulé « Combien en faudra-t-il encore ?« , l’ONG estime que les meurtres liés à la protection de l’environnement ont augmenté de 20 % par rapport à 2013, redoutant même que ces chiffres soient sous-évalués en raison de l’opacité des informations dans bon nombre des pays concernés.

« Nous n’avons pas pu trouver d’informations concernant la mort de défenseurs des terres et de l’environnement en Russie, en Chine, au Moyen-Orient et dans une large partie de l’Afrique », admet auprès de France 24 Chris Moye, enquêteur pour Global Witness.

Selon les données recueillies, Global Witness estime que l’Amérique latine – Brésil, Colombie, Honduras, Guatemala, Mexique – est concernée au premier plan par ces crimes. Vient ensuite l’Asie du Sud – Philippines, Thaïlande ou Indonésie. Les victimes, elles, sont des journalistes, des militants, ou simplement – et pour 40 % des personnes assassinées – membres des communautés autochtones. L’étude estime qu’au moins 47 indigènes ont été tués en 2014 pour avoir défendu leurs ressources.

Cortège funéraire de trois leaders indigènes tués par la police lors d’affrontements à propos du barrage hydraulique de Santa Rita, au Guatemala. © CODECA, courtesy Glogal Witness

Les peuples indigènes en première ligne

Si l’exactitude des chiffres est difficile à vérifier en raison de l’isolement extrême de certaines communautés, Survival, mouvement mondial pour les droits des indigènes, confirme ce constat désolant : les populations locales, au premier rang de la bataille pour la défense des ressources naturelles dont elles dépendent intégralement, sont victimes d’un nombre croissant de menaces physiques, harcèlement moral, privation de liberté, extorsion des terres et assassinats.

« Les peuples indigènes sont encore soumis à la violence génocidaire, à l’esclavage et au racisme dans le but de spolier leurs terres, leurs ressources et leur force de travail au nom du progrès et de la civilisation », a déclaré en novembre dernier le directeur de Survival International, Stephen Corry, dénonçant « l’une des crises les plus urgentes et les plus tragiques de notre époque ».

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Survival plaide notamment la cause des Guarani du Brésil, victimes de l’exploitation maraîchère intensive. Alors qu’ils occupaient autrefois un territoire de près de 350 000 km2 de forêts et de plaines, les 51 000 membres de la communauté s’entassent aujourd’hui sur de petites parcelles de terres encerclées par des fermes d’élevage, des distilleries d’éthanol, des plantations de soja et de canne à sucre, utilisée pour la production de biocarburant.

Pour protéger leurs exploitations – et expulser les Indiens -, les fermiers n’hésitent pas à faire appel à des sociétés de sécurité privée. En avril 2014, la police brésilienne a démantelé Gaspem, une milice armée accusée d’avoir assassiné au moins deux leaders guarani et d’avoir brutalement agressé des centaines d’autres membres de cette communauté.

Manifestation de soutien aux Guarani-Kaiowa à Brasilia, le 31 octobre 2012 pour que l’État les protège des fermiers du Mato Grosso. Sur sa pancarte : « Fin du génocide, longue vie aux Indiens ». © Evaristo SA / AFP

Impunité pour les auteurs de ces crimes

Dans la plupart des cas, les auteurs de ces crimes agissent néanmoins en toute impunité, bénéficiant de la corruption rampante de leur État et/ou de la complicité de lobbys ultra-puissants. « Des pays comme le Honduras, les Philippines, la Colombie ou le Brésil, manquent d’un système d’application des lois efficace, et cela encourage l’impunité et la corruption », explique Chris Moye.

Global Witness déplore le manque d’information concernant les auteurs présumés. Néanmoins, après enquête, elle estime que 10 de ces crimes peuvent être allégués à des groupes paramilitaires (en Colombie et aux Philippines), 8 à la police, 5 à des groupes de sécurité privés et 3 à des militaires. « On suspecte les propriétaires terriens, les intérêts financiers, les acteurs politiques et le crime organisé d’avoir rendu ces crimes possibles », ajoute le rapport.

Alors que Paris accueillera en décembre prochain la conférence des Nations Unies sur le climat, l’organisation appelle la communauté internationale à agir contre la persécution de ceux qui « se battent contre vents et marées » pour protéger l’environnement. « Les gouvernements doivent mettre fin au secret qui entoure la commercialisation des ressources naturelles, au bénéfice des élites politiques et financières et au détriment des communautés locales », invective le rapport. Un vœu pieux.